PROFILS DE PROFS


RENCONTRE AVEC : Violaine Anger, professeur de « Poétique comparée » à l’Université d’Evry Val d’Essonne.

  • Quels sont les éléments de base de votre cursus professionnel ?
Violaine Anger : C’est un exposé que j’ai fait en seconde. J’avais à faire un exposé en histoire sur le positivisme, et ça m’avait passionné ; c'est-à-dire que j’avais essayé de voir comment le mouvement du positivisme pouvait être mis en lien avec des mouvements poétiques, picturaux à l’époque. Et j’avais été passionnée par tout cela... Le Parnasse, ce genre de choses. Et je pense que c’est là que s’est enraciné un type de questionnement qui m’a intéressée, et après j’ai poursuivi. Après, la base de mon parcours professionnel, c’est le fait que je n’ai jamais voulu accepter, et vous le sentez vous-même dans ce que je fais là, les séparations disciplinaires qui existent actuellement, c'est-à-dire que je pense qu’elles sont nécessaires et même indispensables à titre de rigueur d’enquêtes. Mais je pense que l’opposition entre Lettres et musiques, arts auditifs et arts visuels est une opposition qui a eu son cours, mais qui ne tient plus, et donc cela serait un deuxième élément dans mon parcours professionnel, c’est-à-dire la volonté de comprendre comment les disciplines sont articulées.

  • Comment abordez-vous votre fonction en tant que professeur ?
V.A. : C’est une fonction très difficile. Je ne suis même pas sûre d’être très satisfaite. Je suis beaucoup plus satisfaite en M (Master) qu’en L (Licence). En L, il y a trop de monde, et j’ai le sentiment de rester dans des généralités qui ne sont pas assez... Disons que j’ai le sentiment de ne pas aller assez loin avec les étudiants, je pense qu’ils auraient besoin de deux ou trois cours d’accompagnement par rapport à ce que je fais comme cours, et je ne le fais pas pour un tas de raisons pratiques. Et du coup, ma fonction de prof en L est dure, car c’est une fonction d’éveil, c’est une fonction de dire « voilà y’a ça » mais je reste sur ma fin au niveau de l’approfondissement ; tandis qu’en M, je suis plus satisfaite, car les sujets sont plus restreints, et j’ai le sentiment d une plus grande adéquation entre ce que je dis et ce que les étudiants peuvent retrouver.

  • Quel est votre cœur de métier ?
V.A. : En ce moment, c’est la recherche. Ce qui m’intéresse le plus, c’est de réussir à écrire ce que j’essaie de penser. C’est cela qu’on appelle la recherche en France, en ce moment, la recherche universitaire : la production de concept. Essayer d’écrire ce que j’ai réussi à comprendre. Et tout le reste s’organise autour de cela.

  • Comment voyez-vous le devenir de votre profession ?
V.A. : Il y a un grand problème... Enfin, une grande évolution qui va se faire avec les nouvelles technologies. Ça c’est clair, et on en est qu’au début. Dokéos, c’est rien pour le moment, mais il est clair que dans dix ans, le rôle du professeur sera tout à fait différent, je ne sais pas comment ; et il y a énormément d’adaptations à faire au niveau du nombre des étudiants, car un accompagnement réel avec des nouvelles technologies, on peut le penser soit  avec des énormes effectifs, soit au contraire avec des effectifs réduits. Je ne sais pas du tout comment cela va se faire, mais il est clair que notre métier va évoluer « grâce » à cela. Ça peut être « grâce », je pense vraiment que ça peut être une grande chance. Et c’est pour ça qu’il faut le penser. Penser multimédia aujourd’hui, c’est comprendre ce qui se passe. Et ça se relie à ce que je disais avant, c’est vraiment le cœur des choses. Comprendre comment la civilisation occidentale réussit à unir aussi intimement par le nombre, par le numérique, les choses qui renvoient à des sens différents : la vision, le toucher, l’intellect, etc. Comprendre ça, on peut le comprendre de façon intellectuelle, mais c’est aussi le cœur de ce qui va se passer dans l’enseignement dans les prochaines années, tout cela se rejoint.

  • Portrait chinois, si vous étiez :

Une musique / chanson :
V.A. : Au clair de la lune.

Une salle de spectacle :
V.A. : L’opéra Garnier.

Un instrument :
V.A. : Le luth.

Un artiste :
V.A. : Berlioz.

Un diner où vous réuniriez quatre artistes :
V.A. : Racine, Mendelssohn, Guillaume de Machaut et puis Jacques Derrida.


Interview réalisée par Octavie Grün et Aram Fardikhah Taleghani.

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